Les photographies de cette série ont été réalisées sur un temps relativement long -plus de 20 ans- mais à l’intérieur d’un périmètre très restreint : l’intérieur d’une maison de famille.
Rien ici de descriptif au sens traditionnel : un agent immobilier serait bien embarrassé d’avoir à présenter cette habitation avec ces seules images. Celles-ci ne révèlent pas ce qui est habituellement perceptible quand on rentre dans cette maison, elles ne livrent que des regards partiels, parcellaires, des à côtés, des choses insignifiantes qui constituent néanmoins l’esprit du lieu.
Lorsque j’ai commencé à réaliser les photographies de cette série, je n’avais pas d’idée préconçue de ce que j’allais photographier ni de comment j’allais le photographier. J’ai juste accumulé les prises de vues pendant plus de vingt ans jusqu’à constituer un corpus d’environ un millier d’images. C’était devenu une habitude, chaque nouveau séjour dans cette maison donnait lieu à de nouvelles photographies qui n’étaient d’ailleurs pratiquement jamais confrontées aux précédentes.
À partir de ce corpus d’images constitué sur plus de vingt ans, il a fallu choisir, trier, évincer, renoncer, faire des choix : j’ai beaucoup repensé alors au travail de ce photographe expérimentateur, Andreas Müller-Pohle intitulé Transformance2 : à partir d’un ensemble de plusieurs milliers d’images faites complètement au hasard, il a constitué une série cohérente, juste par le choix fait après-coup des images.
Comme le disait Jean-Claude Lemagny : choisir des photographies c’est encore faire de la photographie.
PhLP 2025
1| Le titre de cette série est une référence transparente et volontaire au livre de Laurent Mauvignier, car cette maison, a elle aussi une histoire : elle a servi de refuge à une famille pendant la guerre avant d’être pillée, vidée puis de nouveau investie par cette même famille au sortir de la guerre.
2| Andreas Mûller-Pohle série Transformance : https://muellerpohle.net/projects/transformance/
