A travers ces propositions de regards contraints, j’ai cherché à m’affranchir du choix du point de vue au moment de la prise de vue. J’ai donc imaginé des procédés, des dispositifs destinés à “automatiser” la prise de vue ; Des “machines à photographier”, auxquelles j’ai délégué une part non négligeable de l’acte photographique : le cadrage.
Bien sûr, ces protocoles de prise de vues, qui fonctionnent comme des contraintes oulipiennes, sont en rapport avec le fait de voir, de regarder, de cadrer : c’est bien de photographie dont il s’agit.
Proposition #3 : Les judas de porte.
Voir à travers.
Une fois la porte de la maison ou de l’appartement fermée, le judas constitue un œil immobile sur ce qui n’est pas chez soi, sur le monde extérieur.
Le judas optique, œil cyclopéen, tout comme l’appareil photographique d’ailleurs, propose une vue déformée de très courte focale de manière à appréhender le plus grand champ de vision possible, presque comme un œil de poisson (fish-eyes) capable de voir à 180°.
Les photographies de cette série ont été prises en collant l’objectif de l’appareil photo à cet œil artificiel.
Les judas lyonnais, typiques des vieux appartements datant de la fin du XIXe ou du début du XXe ne sont pas des judas optiques, mais des ouvertures obturables réalisées dans la porte même, un peu comme des grilles à travers lesquelles il est possible d’entrapercevoir la personne qui vient de sonner ou de frapper à la porte. Quelques-uns ont été aussi photographiés et sont présents dans la sélection.
PhLP 2003
