Surfaces sensibles #1

1991
Tirages argentiques noir et blanc 30×40 cm en boîtage carton

Surfaces sensibles #1

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Surfaces sensibles au passage du temps, à l’humidité, à la pluie et au gel ; frottées, rayées, usées par les passants. Surfaces sensibles à la lumière, qui fait ressortir les rebords d’un mur ou s’estompe pour laisser place à des zones sombres qui finissent par être englouties dans une obscurité totale.

Je considère les murs comme des surfaces de contemplation. Mon travail de photographe consiste alors à interpréter leur réalité sur une surface sensible, elle, à la lumière.

Une fine feuille de papier sensibilisée aux halogénures d’argent qui parvient à suggérer la sensation même de leur texture. Les images qui en résultent présentent une certaine similitude avec des peintures abstraites.

Si je retourne par hasard sur les lieux mêmes des prises de vues, j’ai toujours du mal à reconnaître les murs que j’ai photographiés, car dans ma mémoire, les images ont remplacé les murs d’origine et ont acquis une indépendance qui leur permet désormais d’exister par elles-mêmes, et non plus pour ce qu’elles représentent.

PhLP 1991


Ces photographies, lorsqu’elles ont été exposées ou publiées, ont toujours été accompagnées du texte de Georges Perec ci-dessous.

Tu apprends à regarder les tableaux exposés dans les galeries de peinture comme s’ils étaient des bouts de murs, de plafonds, et les murs, les plafonds, comme s’ils étaient des toiles dont tu suis sans fatigue les dizaines, les milliers de chemins toujours recommencés, labyrinthes inexorables, textes que nul ne saurait déchiffrer, visages en décomposition.

Georges Perec
Écrivain (1936-1982)

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