Surfaces sensibles au passage du temps, aux marques des intempéries, aux traces laissées par les passants, à l’usure, aux souillures, aux frottements.
Surfaces sensibles à la lumière, qui parfois fait surgir l’arête saillante d’un mur, parfois s’efface, cédant la place à des zones sombres jusqu’à la profondeur du noir.
Les murs sont pour moi des espaces de contemplation.
Mon activité photographique consiste alors à interpréter cette réalité sur une autre surface sensible, elle, à la lumière.
Papier mince et lisse qui par le traitement au tirage parvient à suggérer la sensation tactile de la matière.
Il en résulte des images qui empruntent à l’abstraction.
Si je retourne par hasard sur les lieux mêmes des prises de vues, j’ai toujours du mal à reconnaître les murs que j’ai photographiés, car dans ma mémoire, les photographies se sont substitués aux murs d’origine et ont acquis une indépendance qui les fait exister uniquement pour elles-mêmes, et non plus pour ce qu’elles représentent.
PhLP 1991
Ces photographies, lorsqu’elles ont été exposées ou publiées, ont toujours été accompagnées du texte de Georges Perec ci-dessous.

Tu apprends à regarder les tableaux exposés dans les galeries de peinture comme s’ils étaient des bouts de murs, de plafonds, et les murs, les plafonds, comme s’ils étaient des toiles dont tu suis sans fatigue les dizaines, les milliers de chemins toujours recommencés, labyrinthes inexorables, textes que nul ne saurait déchiffrer, visages en décomposition.
Georges Perec
Écrivain (1936-1982)
