C’est une image panoramique de grand format, qui se présente un peu comme un planisphère avec les pôles Nord et Sud déformés, aplatis, étirés. L’extrémité gauche de l’image répond à l’extrémité droite : on peut facilement imaginer qu’en plaçant cette image autour d’un cylindre, on pourrait faire coïncider le bord droit avec le bord gauche dans un mouvement de continuité circulaire.
On conçoit peut-être plus difficilement que cette image, pourrait être collée sur la face interne d’une sphère, comme une bulle photographique dont le point de vue se situerait en son centre. C’est ce type d’image, constituée de douze photographies assemblées, qui est utilisée pour la réalisation de visites virtuelles consultables sur un ordinateur ou un smartphone. Visualisée par le biais d’un masque de réalité virtuelle, elle procure une sensation d’immersion complète, de droite à gauche, du zénith au nadir.
À plat, c’est une photographie qui nous permet d’embrasser d’un seul coup d’œil 360°, là où l’œil humain ne perçoit qu’à peine 180° habituellement. C’est la photographie d’un paysage que nous ne pouvons pas voir : cette image est déjà une forme d’abstraction.
Par-dessus cette photographie figurent en transparence des lignes verticales colorées qui peuvent faire penser à un Abstract Painting de Gerhard Richter, et qui ajoutent évidemment une couche d’abstraction supplémentaire.
Ces rayures sont des « warming stripes » ou « bandes du réchauffement climatique »1. Elles proposent une représentation simplifiée de l’évolution du climat au cours du temps, à travers la visualisation du changement des températures observées depuis plus d’un siècle. Sur cette photographie de grand format, les bandes de couleur recouvrent entièrement le paysage et si celui-ci reste visible en transparence, il en est tout de même entièrement affecté.
Les autres images de la série Warning Stripes ont un statut moins hybride. Ce sont des photographies plus petites et qui ne sont contaminées que partiellement par les rayures. Ici, les bandes qui s’invitent dans le paysage mettent en exergue, soulignent, pointent du doigt l’influence de l’homme, non seulement dans le réchauffement climatique que nous subissons tous, mais aussi dans la bétonisation, la pollution plastique et l’effondrement du vivant. Dans certaines images, les warming stripes sont utilisées comme un motif qui recouvre partiellement la photographie ou qui semble lui servir de fond. Dans d’autres, les rayures sont déformées, intégrées et épousent la perspective de l’image. Quoi qu’il en soit, elles sont bien présentes, souvent dérangeantes, obsédantes, comme un futur improbable, une certitude à laquelle on voudrait ne pas croire.
Faisant suite à un travail intitulé L’épreuve du temps qui interrogeait l’écoulement temporel à l’échelle de la vie d’un individu, cette nouvelle série met l’accent sur les transformations qui affectent le vivant à l’échelle planétaire.
Au fond n’est-il pas toujours question d’affronter la finitude, la sienne, celle de l’espèce ou du vivant ?
PhLP 2024
1| Les bandes du réchauffement climatique (ou rayures de réchauffement ou warming stripes en anglais) sont une représentation graphique des données au style minimaliste et intuitif illustrant l’accélération du réchauffement climatique. Elles se présentent comme un alignement de fines bandes verticales colorées de manière à représenter visuellement la variation chronologique de température, année par année par rapport à la normale. De manière assez intuitive, le bleu représente une température froide, le rouge une température chaude et plus la couleur est foncée plus l’écart à la normale est important pour la période correspondante.
Les warming stripes mettent clairement en évidence, même pour les non-scientifiques, une tendance sur le moyen et long terme à une accélération du réchauffement climatique. [source Wikipedia]
Ci-dessous, représentation de l’évolution des températures moyennes annuelles mondiales de 1899 à 2018.

